La presse agricole demain
Elu le 28 mai président du conseil d’administration de Réussir Participations, la société actionnaire majoritaire du groupe Réussir SA, Brice Guyau(1) , agriculteur, gérant de la SARL Infagri’85, président de la FDSEA 85 et secrétaire général adjoint de la FNSEA, succède à Henri Biès-Péré après douze années de présidence. Rencontre.
Quels sont les principaux enjeux de la presse, en paritculier agricole ?
Brice Guyau : « Le premier enjeu, c’est la digitalisation. Les lecteurs ne consomment plus l’information de la même manière selon leur âge, leur production ou leurs usages. Certains veulent du papier, d’autres des vidéos courtes, des alertes sur smartphone ou des contenus techniques très ciblés. Le local restera indispensable. C’est ce qui fait la valeur de la presse agricole départementale. Un autre défi des prochaines années sera la personnalisation de l’information. Un éleveur laitier, un producteur de volailles ou un viticulteur n’ont pas les mêmes attentes ni les mêmes besoins au quotidien. Nous devons être capables de proposer des contenus toujours plus ciblés et utiles dans la prise de décision. L’IA fait aussi partie des nouveaux outils qui arrivent très vite dans notre environnement. Mais le sujet n’est pas uniquement technologique. Il concerne aussi la façon de produire et de diffuser l’information. Aujourd’hui, il faut être capable d’écrire pour plusieurs supports, plusieurs formats et plusieurs publics. Cela demande une nouvelle organisation du travail et de nouvelles compétences. Mais je reste convaincu que la valeur essentielle restera la fiabilité de l’information. Dans un contexte où beaucoup de contenus circulent sans vérification sur les réseaux sociaux, notre responsabilité est justement de sécuriser les informations que nous diffusons »
Justement, c’est la force de la presse professionnelle agricole ?
B.G : « Oui, clairement. Quand une information paraît dans la presse agricole départementale, elle est vérifiée, recoupée, contextualisée. Il y a un vrai travail journalistique derrière. Aujourd’hui, tout le monde peut publier une information sur les réseaux sociaux. Mais entre une publication instantanée et une information fiable, il y a une différence majeure. Notre rôle est justement d’apporter cette crédibilité et cette expertise. »
C’est pourquoi la presse agricole reste importante aujourd’hui ?
B.G : « C’est une vraie valeur ajoutée. Les agriculteurs ont besoin d’informations fiables pour prendre des décisions techniques, économiques ou réglementaires. Cette exigence professionnelle restera essentielle demain. C'est un outil. Je prends à défaut tous les lecteurs de ne jamais avoir vu une idée qu'ils ont mise en place dans leur exploitation, qu'ils n'auraient pas vue grâce à la presse agricole départmeentale. Un article, un témoignage, a peut-être changé leur vision sur une pratique au quotidien, sur cette information qui a été donnée techniquement, etc. Dans d’autres secteurs, beaucoup aimeraient avoir un outil aussi structuré. »
Propos recueillis par Delphine Bisson
(1) A 51 ans, Brice Guyau est polyculteur-éleveur bio à Thorigny en Vendée (maraîchage, cultures de pommes de terre et élevage bovin viande). Il préside la FDSEA de Vendée et occupe le poste de vice-président de la chambre d’agriculture de Vendée.