La retenue d'eau, un investissement pour sécuriser les récoltes face aux aléas climatiques
Confronté à des étés de plus en plus secs, Fabien Vial, éleveur charolais à Pommiers-en-Forez, a fait le choix d’investir dans une retenue d’eau. Un projet structurant pour son exploitation, pensé avant tout pour sécuriser ses rendements, mais qui suppose des moyens techniques et financiers solides.
À 38 ans, Fabien Vial est aujourd’hui à la tête de l’EARL La Ferme du Bois, une exploitation de 140 hectares mêlant prairies et cultures, avec un troupeau de 90 vaches charolaises. Installé depuis 17 ans, il a progressivement adapté son système face à l’évolution du climat. Parmi ces adaptations, la création d’une retenue d’eau pour ne plus pomper dans la rivière l'été s’est imposée comme une évidence.
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« L’idée m’est venue avant même que la Chambre d’agriculture ne lance ses réunions sur le sujet », explique-t-il. Car sur son exploitation, la question de l’eau est devenue centrale : « Aujourd’hui, la ressource commence à manquer l’été. On est complètement dépendants de la météo. Certaines années, le pompage était interdit fin juillet, ce qui ne nous permettait pas d’assurer notre rendement en ensilage de maïs. »
Sécuriser plutôt qu’augmenter
Mise en chantier en 2022, pour une mise en service à l’été 2023, la retenue de 30 000 m³ n’a pas été pensée pour étendre l’irrigation, mais bien pour la sécuriser. « Je ne pompe pas plus qu’avant. L’objectif, c’est d’être sûr de pouvoir arroser quand il faut », insiste l’éleveur.
Sur son exploitation, l’irrigation est ciblée : elle concerne uniquement le maïs et la luzerne, deux cultures stratégiques pour l’alimentation du troupeau. Une partie du maïs est également vendue sur les coteaux des monts de la Madeleine, où la qualité est recherchée. « Je voulais sécuriser cette production. Aujourd’hui, mes clients savent que sur des parcelles irriguées, il y aura du maïs. » Un choix qui renforce la stabilité économique de la ferme. « On n’irrigue pas mieux, mais on est sûr d’avoir du rendement. C’est comme une assurance. »
Le projet s’est monté rapidement, avec l’appui de la Chambre d’agriculture, puis des services de l’État. « Une étude est réalisée, puis la DDT (Direction départementale des territoires) et la police de l’eau vérifient si le terrain est adapté. » Dans son cas, Fabien Vial a dû faire l’acquisition d’une parcelle pour implanter la retenue. Le fonctionnement est encadré : le remplissage est autorisé uniquement entre le 1er novembre et le 31 mars. « Il faut environ deux mois pour la remplir. On pompe en hiver, quand la ressource est disponible. »
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Autre avantage : la retenue permet de s’affranchir en partie des restrictions estivales. « On n’est pas soumis aux mêmes contraintes que le pompage direct en rivière. On peut plus facilement adapter notre débit pour irriguer la nuit, ce qui est plus logique, car en pleine journée, entre la chaleur et le vent, il y a des pertes. »
Si le projet présente des atouts, il a aussi un coût. Fabien Vial a bénéficié de subventions, via la Région et l’Europe. « Ce n’est pas énorme, et aujourd’hui les coûts ont presque doublé. » À cela s’ajoutent les charges de fonctionnement. « Si je compare à quand je n’avais pas la retenue, le montant des dépenses et du remboursement des emprunts représentent plusieurs milliers d’euros supplémentaires chaque année. » L’éleveur insiste : « On nous incite à aller vers ces projets, mais il faut pouvoir assumer derrière. »
« Si on ne stocke pas l’eau, on est foutus »
Sur son secteur, les retenues se multiplient. Deux projets ont vu le jour la même année que le sien, et d’autres sont en cours. « D’ici cinq à six ans, plus personne ne pompera directement dans l’Aix. Tout le monde aura sa réserve », estime l’éleveur. Pour lui, cette évolution est inévitable. « L’eau tombe toujours autant qu’avant, mais pas au même moment. Si on ne la stocke pas, on est foutus. » Il regrette néanmoins les oppositions que suscitent certains projets : « Personne ne veut stocker l’eau, mais tout le monde en a besoin, et ce, pour tous les usages. »
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Malgré ses bénéfices, la retenue ne convient pas à toutes les exploitations. « Si quelqu’un irrigue déjà, je lui dirai de se lancer : ça pérennise la structure. Mais celui qui n’irrigue pas, je lui dirai de bien réfléchir sur la rentabilité du projet, surtout sans enrouleur, ni réseau de canalisation, leur installation faisant gonfler le coût du projet. » Car l’irrigation demande du temps et de l’équipement. « L’été, il faut tirer les enrouleurs ; c’est du travail. Si la ferme tourne sans irrigation, ce n’est pas forcément utile de s’y mettre. » Dans son cas, l’exploitation était déjà équipée en réseaux et canalisations. « La retenue était la suite logique. Sans ces infrastructures, je ne me serais pas lancé. »
Aujourd’hui, avec des outils pilotables à distance et peu d’entretien, quelques moutons suffisent à entretenir les talus, Fabien Vial ne regrette pas son choix. « Si c’était à refaire, je referais pareil. Je pense l’avoir fait au bon moment. »