Viandes blanches : la France perd en souveraineté alimentaire
Porc, volailles, lapin, œufs et foie gras : les filières des viandes blanches tirent la sonnette d'alarme. Sur l'échiquier de la souveraineté alimentaire, la France recule et sans le soutien des élus locaux, la partie risque d'être perdue.
La France était jusqu'ici bien placée sur l'échiquier des viandes blanches. Le pays est à ce jour autosuffisant à 97 % en porc et 95,8 % en œufs. Derrière ces chiffres se cache une érosion galopante de la production. « Le constat est triste. La France recule sur l'échiquier », alerte Christiane Lambert, présidente de la Fédération des entreprises de charcuterie traiteur (Fict) et nommée référente nationale des viandes blanches, qui rassemble les acteurs des filières porc, volailles, lapin, œufs et foie gras. La volaille accuse un déficit net avec seulement 67 % d'autosuffisance, alors que la consommation, tirée par le snacking et la street food, progresse plus vite que la construction de bâtiments.
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La France compte 94 000 élevages de volailles, 8 100 élevages de porcs, 3 000 élevages d'œufs et 600 élevages de lapins, mais qu'en sera-t-il demain ? Cette question inquiète l'ensemble des acteurs de la filière des viandes blanches. Le manque d'investissement, lié à une « pression réglementaire extrêmement forte », corrélé au vieillissement des éleveurs (près de 40 % des éleveurs de porc ont plus de 55 ans), a contraint ces derniers à laisser vieillir leur outil de production. Le défi de la transmission pourrait avoir raison de la souveraineté alimentaire de la France en viande blanche.
Auvergne-Rhône-Alpes, le berceau de la volaille
En Auvergne-Rhône-Alpes, le tableau est aussi riche que fragile. « On produit un porc dans la région, on en abat deux, et on en consomme quasiment quatre », résume Francis Le Bas, le président de l’interprofession régionale Interp’Aura. Le bassin de population régional est un débouché immense pour les producteurs. La région est aussi la première de France en salaison sèche. Elle dispose d'un tissu dense d'abattoirs spécialisés et multi-espèces, et affiche un savoir-faire historique.
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La région compte aussi quelque 2 000 élevages de volailles et selon Hélène Bompart, de l’interprofession régionale avicole (Afivol) : « L'élevage de volailles est né historiquement dans notre région, avant qu'il ne se développe dans l'Ouest de la France. » La région n'est pas exempte de la problématique générationnelle. La production de viandes blanches est bien souvent un complément d'autres activités sur les exploitations, dans un territoire où l'élevage bovin reste largement majoritaire.
par an pendant dix ans, reprendre ou moderniser 100 bâtiments de porcs, 55 bâtiments de palmipèdes
et 100 bâtiments de lapins ». ©Shutterstock
L'interprofession régionale ne baisse pas les bras pour autant et mise sur l'attractivité, les lycéens, et le maintien de la formation en production porcine. « On a un très gros travail à accomplir sur l'attractivité de la filière auprès des jeunes », admet Francis Le Bas.
Les besoins d'ici 2035
Les conférences souveraines, lancées à la suite de la loi d'orientation souveraineté alimentaire et renouvellement des générations, ont permis de chiffrer les besoins de consommation à l'échelle nationale. « Il faudrait construire 220 bâtiments de volailles par an pendant dix ans, reprendre ou moderniser 100 bâtiments de porcs, 55 bâtiments de palmipèdes et 100 bâtiments de lapins, dévoile Christiane Lambert. Des chiffres à faire tourner la tête pour des projets qui ne se font pas du jour au lendemain. »
Au-delà des élevages, il faut aussi des usines d'alimentation animale, des vétérinaires et des outils d'abattage. Redynamiser une filière ne s'improvise pas. En plus des outils, il ne faut pas oublier les déséquilibres du marché. Le porc français voit ainsi 29 % de ses pièces que les Français ne mangent pas (pieds, oreilles…) être exportées, tandis que l'on importe en masse des jambons.
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L'avenir et les crises géopolitiques questionnent également. Ainsi, le foie gras français, fleuron de nos régions, pourrait bientôt entrer en concurrence avec la Chine. « Ils sont à deux doigts de nous dépasser, il faut réagir. » Seul le lapin semble avoir trouvé son équilibre entre terrines pour la consommation française et exportations de viandes fraîches vers l'Afrique du Nord.